Épigénétique, mémoire corporelle et transmission des traumatismes

On a longtemps pensé que nous héritions uniquement de la couleur des yeux ou de la forme du visage.
Aujourd’hui, les recherches en épigénétique montrent que nous héritons aussi d’empreintes plus subtiles : des traces laissées par les expériences vécues par ceux qui nous ont précédés.
L’épigénétique ne modifie pas nos gènes.
Elle modifie leur expression.
Autrement dit, certains événements — stress intense, guerre, exil, violence, deuil non traversé — peuvent laisser une marque biologique qui influence la manière dont nos gènes s’activent… et cette marque peut se transmettre.
Des études menées notamment après la Shoah ou sur des descendants de populations ayant vécu des famines ont montré que le traumatisme peut laisser une signature mesurable dans l’organisme des générations suivantes.
Mais cette transmission n’est pas seulement biologique.
Elle est aussi corporelle.
Le corps porte ce qui n’a pas pu être dit.
Une hypervigilance inexpliquée.
Une peur diffuse.
Une culpabilité sans objet.
Une difficulté à prendre sa place.
Parfois, ce que nous appelons “mon caractère” ou “ma fragilité” est en réalité une loyauté invisible à une histoire plus ancienne.
Bonne nouvelle :
L’épigénétique montre aussi que ces marqueurs ne sont pas figés.
Ils peuvent évoluer.
Lorsque l’histoire est mise en mots, lorsque le trauma est reconnu, lorsque le corps peut enfin déposer ce qu’il portait, quelque chose se transforme.
La transmission peut s’alléger.
Comprendre que nous ne portons pas tout seuls ce qui nous traverse change profondément le regard que nous avons sur nous-mêmes.
Nous ne sommes pas seulement le fruit de notre histoire personnelle.
Nous sommes aussi les héritiers d’une mémoire plus vaste.
Et cette mémoire peut être revisitée.



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